À bas l'humanité Avatar

5 Notes

Les seigneurs de la guerre

Quand Rancid a publié Let’s The Dominoes Fall, en 2009, j’écrivais dans les Inrocks qu’en dépit d’un album plus que moyen, et qui en suivait un autre pas folichon, on pardonnerait tout à Rancid pour avoir été les derniers à accueillir Joe Strummer dans leur maison Hellcat Records. La somme de life achievements que je validais en écrivant les mots "Joe Strummer" dans la chronique d’un album de Rancid pour les Inrocks dépasse l’entendement.

Dans Joe Strummer : The Future Is Unwritten, de Julian Temple, on demande au leader du Clash comment il fallait le qualifier, comment il aimerait que l’on se souvienne de lui. Celui-ci répond "Punk rock warlord". Au tout début de ce film, qui est en réalité la compilation de pièces live de différents groupes Hellcat Records, la version filmée de la série Give ‘Em The Boot, on voit Joe Strummer les présentait, Tim Armstrong et lui, comme des "Punk rock warlords". Joe meurt peu après, de manière inattendue. Une malformation cardiaque congénitale qui aurait pu avoir raison de lui n’importe quand. Même en mourant, Joe nous donne une leçon : quand on vit, on meurt. Une grosse partie de ce film lui rend hommage.

J’étais déjà fan du Clash quand je suis tombé sur Rancid, via un dossier "Fils de punk" dans un Rock’n’Folk datant de l’automne 1995 que j’avais acheté parce que Green Day était en couverture. Avant même d’écouter …And Out Come The Wolves, qui sortait alors, j’étais fou d’eux. Leurs dégaines, leur esthétique, leurs pochettes. Ils étaient tout ce que je n’étais pas : menaçants, radicaux, unis. Une meute. Leur idéologie était sommaire mais sans ambiguïté, ils étaient flippants comme des zonards mais parlaient assez peu de drogue (sujet qui continue, aujourd’hui, à me terrifier). Ils semblaient prêt à mourir les uns pour les autres.

Elle est là la guerre dont ils sont les seigneurs. Ce n’est pas une guerre économique, pas une guerre de territoire (en tout cas ça ne devrait pas l’être), pas une guerre idéologique. C’est une guerre parce que chaque guerrier et ton frère et que chaque corps qui tombe est aussi un peu le tien.

Mais au final cette guerre là, comme les autres, je préfère m’en faire réformer. Sinon je la déserte. Mais je garde la bande-son.

1 Notes

They're On Fire

indiectators:

Un disque hommage à Born In The USA s’annonce. Premier extrait : Low reprend “I’m On Fire”. Sainte merde, comme dirait l’autre.

7 Notes

L’alcool

indiectators:

Je n’ai l’alcool ni heureux, ni triste, j’ai l’alcool absent. Alors pour comprendre les autres, j’écoute attentivement. 

1 Notes

11 Notes

Albums That Never Were

indiectators:

Chrome Dreams de Neil Young, l’album n°4 du Velvet Underground, Lifehouse des Who, ce qu’auraient donné les Basement Tapes de Dylan, les opéras-rock Songs from the Black Hole de Weezer et Glass and the Machines of God des Smashing Pumpkins, Sheep de Nirvana ou encore les albums qu’auraient enregistré les Beatles dans les années 70 : tous ces disques ont un point commun, ils n’ont jamais été publiés.

Une injustice cosmique que tente de réparer l’infatiguable Jesse “Soniclovenoize”, à partir des bootlegs, anthologies, deluxe editions, versions alternatives, b-sides et morceaux ré-utilisés sur les albums ultérieurs. Un travail minutieux, informé par les interviews, biographies et même parfois notes de travail, publiées de manière posthume, des artistes, et concrétisé par une attention admirable pour la cohésion thématique et sonore de ces reconstructions.

Rien que pour la ressurrection alternative de R.I.P., le dernier album (oublié) des Zombies, avec “plus de Colin Blunstone et moins de Rod Argent période prog rock”, ces albums qui n’ont jamais vu le jour nous apportent un bonheur fou.

Notes

Personne n'entend by Rom Blogo on Mixcloud

Just favorited Personne n’entend by Rom Blogo on Mixcloud

9 Notes

Le mix arbitraire du jeudi #23 : Personne n’entend

indiectators:

Personne n’entend by Rom Blogo on Mixcloud

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You should have seen what i was by Rom Blogo on Mixcloud

3 Notes

Le mix arbitraire du jeudi #22 : You should have seen what I was

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You should have seen what i was by Rom Blogo on Mixcloud

4 Notes

La chanson contre elle-même

J’ai rencontré Shellac un jour de pluie. Parce qu’il pleut aussi à Montpellier. Ça se passe entre la mi-septembre et la mi-octobre, la ville se situe au bout de l’arc soumis à l’incongruité météorologique que l’on désigne sous le nom “d’épisode cévenol”.

Cette année là, la première du siècle, les nuages épais de septembre amoncelés dans un ciel encore chaud sonnaient le terme d’un été grégaire et sans ménagement. L’euphorie de la fête sans fin cédait sa place à cette sensation d’étouffement. De n’être plus Un à force d’être partie d’un tout. D’avoir des relations interchangeables et plus aucun ami. Moi-même d’ailleurs j’avais été interchangé. Au fur et à mesure que je m’assombrissais, Guilhem avait pris ma place. Ces coups de sang incontrôlables, ces moments où je quittais la pièce en claquant la porte sans pouvoir me l’expliquer à moi-même devenaient ma marque de fabrique et m’isolaient du groupe.

Ce n’étaient pas les premiers, mais les autres, c’était il y a longtemps.

Les premiers réflexes d’adultes s’affirmaient chez les autres et me renvoyaient les affaires sur lesquelles j’avais jeté un tapis depuis la mort de Djé 18 mois auparavant. J’étais parti en courant à ce moment-là. Noyé la douleur dans cette identité collective qui désormais m’empêchait de respirer. J’étais censé savoir quoi faire de ma vie alors que je n’avais plus la moindre idée de ce que j’étais moi-même.

On avait écouté beaucoup de skatecore cet été là. Ça allait vite, ça se jouait fort. L’apparente complexité technique servait une simplicité des sentiments fort utile : joie, tristesse, boire, jouir, pleurer. Et chaque chose en son temps surtout. La vitesse empêche ici de pleurer de joie ou de jouir de tristesse.

Ce jour pluvieux de la fin du mois de septembre je me trainais chez Obsolète. La boutique se trouvait dans la fourche qui sépare la rue de l’Aiguillerie de la rue des Écoles Laïques. Le patron s’appelait Pierrot je crois. Une vieille légende véhiculé par un dossier dans un Rock Sound de 1996 voulait qu’il ait un temps managé les Sheriff. C’était pas vrai. Et la basse qui était accrochée au mur, c’était celle des Electric Buttocks.

J’avais commandé You Can’t Keep A Good Band Down de Randy vers la mi-juin. Il n’est jamais arrivé. The Rest Is Silence oui, mais celui-ci non. J’ignore d’ailleurs pourquoi je n’ai jamais trouvé ce disque. On en avait un bout sur une cassette, mais personne ne le possédait. Je suis arrivé à le télécharger des années plus tard, mais c’était trop tard. Je passais plusieurs fois par semaine chez Obsolète. Le disque n’arrivait jamais mais je repartais de chaque visite avec autre chose dans le sac. Du punk plus vieux, moins structuré, des choses plus rugueuses, moins convenues.

Ce jour là, en entrant, j’ai pris dans la gueule une montée qui n’explosait jamais et se retournait sur elle-même. Un son d’une ampleur sèche qui se répandait dans une forme de menace sans brutalité alors inédite pour moi. 

C’était Shellac et c’était "Song Against Itself".

Quelques secondes avaient suffit pour me décider à acheter ce magnifique coffret cartonné. Que j’ai écouté des semaines en boucle, religieusement, comme si une nouvelle porte vers la compréhension de ce que me faisait la musique venait de s’ouvrir.

Quand je l’ai fait écouté à Roch, qui était alors la personne dont l’avis m’importait le plus, il a dit “bof”. Comme si la divergeance de notre avis sur le disque symbolisait la distance qui de plus en plus nous séparait, et que je matérialiserai moins d’un an plus tard en quittant la ville.

Shellac publie le 16 septembre un nouvel album intitulé Dude, Incredible. La chanson titre de l’album, ils la jouent sur scène depuis plus de cinq ans.

Coups de cœur